Les aspects positifs
Pour débuter, je vais aborder la tâche, qui représente un niveau de complexité adapté pour
les collaborateurs. Tout d'abord, le projet répond à un besoin exprimé à maintes reprises, lors de congrès portant sur la résolution en ligne
de litiges, depuis quelques années. Lors du dernier congrès, qui se tenait à Victoria, une rencontre en face à face a eu lieu avec les collaborateurs
du premier groupe, afin de leur expliquer le projet et chercher leur adhésion. Le fait de répondre à un besoin réel dans la communauté de
pratique favorise la motivation à participer à un tel projet, bien qu’il soit de grande envergure.
Il s’agit donc d’un contexte signifiant pour
les collaborateurs. Afin de conserver la motivation des collaborateurs, une seule phase de la réalisation du projet de grande envergure a été mise en
place sur le wiki. Il a été expliqué et indiqué, sur la page d’accueil initiale, que cette phase constituait le point de départ de réalisation du
projet et que les phases suivantes n’auraient pas à être traitées de façon linéaire. Les collaborateurs ont donc été informés du but à long terme,
qui est de créer un programme de formation pour les praticiens en résolution en ligne de litiges. En ce qui a trait à l’organisation du travail,
cette dernière a été laissée au groupe bien que des questions aient été publiées sur le site, à titre de suggestion, afin d’orienter leur
travail. L’aspect positif le plus important est le pouvoir qui a été donné aux collaborateurs sur le contenu. Ils prenaient les décisions quant au contenu qui se retrouvait sur le wiki, sachant que ce contenu constituait les bases d'un programme de
formation. Aussi, cette tâche collective et ouverte faisant appel implicitement aux connaissances et expériences des collaborateurs, respectant un
important principe andragogique.
L’autonomie laissée aux collaborateurs est le deuxième aspect positif à souligner dans ce
projet. Bien que le consensus du groupe soit visé dans une activité de collaboration, le
collaborateur doit d’abord effectuer un travail individuel. Le fait de publier des questions pour orienter le travail sur le wiki favorisait ce
processus réflexif. Dans un premier temps, le collaborateur se rendait sur le wiki pour prendre connaissance des questions, s’accordait un temps de
réflexion et revenait publier sa contribution. Certains collaborateurs ont contribué et ont ajouté des questions afin pousser plus loin la réflexion des autres membres. Certaines de ses questions ont été remplacées par du contenu. Il semble y avoir eu consensus car le contenu est
demeuré inchangé par la suite dans cette section du wiki. Certaines questions demeurent et attendent la contribution de membres, ce qui démontre bien
le caractère inachevé du wiki. Un des avantages du wiki est incontestablement son mode asynchrone, qui favorise le caractère autonome et réflexif du
processus d’apprentissage.
L’accompagnement des collaborateurs s’est concrétisé sous forme de support technique
(répondre à des demandes d’aide au niveau du fonctionnement du wiki), de support méthodologique (proposition de choisir une question et d’y répondre ou d’en publier une à leur tour), de support
affectif ( rassurer une collaboratrice quant à la contribution qu’elle souhaitait publier sur le wiki) et de support motivationnel (courriers électroniques de relance, rétroactions aux
collaborateurs, appels téléphoniques).
Pour cette activité de collaboration, le wiki a bien répondu à son rôle de support
technologique. Il était simple d’utilisation, offrait un éditeur WYSIWYG (What You See Is What You Get), le mode asynchrone et une fonction
d’avertissement de modification par courrier électronique. La page « Dashboard » permettait également de constater les pages qui avaient
récemment subi des modifications. Ce wiki permettait également des contributions anonymes dans les deux dernières phases, ce qui a favorisé la
contribution des collaborateurs. Il y avait également une possibilité d’écrire des commentaires suite aux contributions. En ce qui a trait aux contributions des collaborateurs, elles étaient toutes centralisées dans le site du wiki, ce qui a permis aux collaborateurs de percevoir
l’évolution de la tâche collective en constatant le contenu qui s’ajoutait et se modifiait.
Les aspects négatifs.
Le premier aspect négatif de ce projet est la distribution des rôles entre le responsable
du projet et l’administratrice du wiki. J’ai accepté les rôles de facilitateur et d’administrateur du
wiki. Par contre, toute la démarche d’amorce du wiki qui était de rencontrer les gens, d’expliquer le projet, de solliciter leur aide et de chercher leur adhésion au projet a été prise en charge
par le responsable du projet (sauf pour la rencontre initiale lors d’un congrès à Victoria en mai dernier). Il les invitait par la suite à communiquer avec moi, par courrier
électronique, afin que je leur fasse parvenir une invitation personnelle à participer au wiki. C’est seulement à ce moment que je suis entrée en
action avec les collaborateurs. Il a donc fallu que je construise cette confiance et que je créée ce lien avec les collaborateurs qui se sont ajoutés
en cours de route.Il semblait y avoir confusion au départ, les membres ne connaissaient pas nos rôles respectifs alors j'ai reçu des messages qui auraient dû lui être adressés et vice
versa. Après quelques semaines, nous avons fait parvenir un message à tous expliquant nos rôles dans le projet.
Le deuxième aspect négatif a été l’absence d’activité de démarrage de type
social. Les invités recevaient une invitation à participer au wiki, dans laquelle était mentionné le fait que le wiki était fonctionnel. J’ai pris pour acquis que les membres débuteraient rapidement le travail collaboratif étant donné qu’ils se connaissaient déjà.
Le troisième aspect négatif a été l’absence de contributions pendant près de 2 mois.
Malgré les échéanciers de travail fixés à la suite d’une cueillette d’informations quant à la disponibilité des collaborateurs, il a été difficile de motiver les collaborateurs à amorcer le
travail. Le wiki était fonctionnel en date du 8 août et une première contribution s’est produite le 2 octobre. Il y a donc eu ce laps de temps d’attente, d’une durée de près de 2 mois, durant lequel j’ai fait trois relances par courrier électronique. Aussi,
le groupe ayant déjà subi des changements en cours de route dans sa composition, les membres ne connaissaient pas tous les autres membres du
groupe. Enfin, un invité de marque, qui est considéré comme le père de la résolution en ligne de litiges, nous avait manifesté son grand intérêt pour
le projet mais n’a jamais activé son compte d’utilisateur malgré une relance de cette invitation par courriel électronique et des appels téléphoniques faits par le responsable du projet.
Je crois que ceci a représenté, dans une certaine mesure, un facteur de démotivation pour les membres
du premier groupe, qui étaient ravis à l’idée de collaborer avec lui.
Comme la constitution du groupe changeait et que les membres ne se connaissaient pas tous
(2 premières phases) il aurait été souhaitable qu’un espace de socialisation soit disponible pour les membres qui auraient souhaité faire connaissance ou communiquer de façon informelle. Cet
espace aurait pu permettre aux membres d’exprimer leur perception face à la tâche, leurs craintes et insécurités, le support aux autres membres.
L’organisation du travail en groupe aurait aussi pu se faire dans cet espace de socialisation. Sans cet espace, les collaborateurs devaient donc recourir au courrier électronique afin de communiquer entre eux, avec le responsable ou le facilitateur. Ces échanges n’ont donc pas été publiés sur le site du wiki alors qu’il aurait été souhaitable que tous puissent les lire afin de contribuer à créer une
cohésion de groupe. La collaboration a mis du temps à prendre forme. Cependant, depuis le début d’octobre, les contributions au wiki ont
débuté et certains membres ont collaborés ensemble. Évidemment, le wiki n’en est qu’à quelques semaines d’activité réelle.
Le cinquième aspect négatif s’est produit durant les 2 premières phases du projet où le
wiki était privé. Pendant cette période, il n’y a pas eu de contributions de la part des
collaborateurs. Quand le wiki est devenu public, certains collaborateurs des deux premiers groupes ont débuté leur contribution mais de façon
anonyme.
Le sixième aspect négatif du projet s’est produit durant la troisième phase, qui était la
présentation du wiki lors d’un congrès en ligne pour les praticiens de résolution en ligne de litiges (du 13 au 18 octobre). L’organisateur du
congrès a confondu notre projet avec un autre projet de collaboration supporté par un wiki (portant sur l’élaboration d’un cours) et a alloué notre espace-atelier au responsable de ce
projet. Le responsable du projet et moi-même avons constaté ce fait lors de la première journée de congrès, journée à laquelle tous les participants
recevaient le programme des activités par courrier électronique. Notre projet a donc été ajouté à la programmation, lors de la deuxième journée de
congrès, à titre de suggestion, sans pouvoir être l’objet d’un atelier de travail avec des
praticiens. Cependant, afin de permettre une certaine visibilité du projet, j’ai demandé à un ami, qui présentait un atelier à ce congrès, d’en faire
la promotion et de suggérer aux participants du congrès de collaborer avec nous. Le responsable du projet a quant à lui participé à plusieurs
ateliers et en a profité pour inviter les gens à se joindre à notre groupe collaboratif. Le taux de
participation fut décevant. Nous n’avons pas eu l’occasion de recruter beaucoup de collaborateurs dans le cadre de ce congrès et notre préparation
d’atelier servira dans une prochaine étape. La semaine dernière, j’ai demandé au responsable de l’autre wiki de me faire parvenir une invitation et
l’ai invité à collaborer avec nous, en lui fournissant l’adresse URL de notre wiki.
Commentaires et suggestions
Premièrement, si j’avais à mettre en place un nouveau wiki dans un but de collaboration,
le démarrage recevrait une attention particulière. J’émets l’hypothèse que le fait de démarrer une collaboration par une activité de type social
aurait pu lancer la collaboration plus tôt.
Je choisirais donc
d' expérimenter une activité de démarrage avec un premier groupe de collaborateurs afin de permettre aux collaborateurs de se connaître, de créer ce sentiment d’appartenance et de favoriser
la cohésion dans le groupe.
En ce qui concerne les prochains points à améliorer, ils peuvent s’appliquer à un futur
wiki ou au wiki à l’étude dans ce travail étant donné que le projet se poursuit et que le wiki est toujours en fonction pour la collaboration.
Afin que les collaborateurs puissent échanger, faire des demandes au groupe ou recevoir du
support du groupe, il faut intégrer un outil de socialisation dans le wiki. Cet espace peut aider les collaborateurs à se construire une identité en ligne des autres membres du
groupe. Une page, qui informerait les collaborateurs sur le travail fait et le travail qui reste à faire, sans trop être directive, pourrait
être intéressante afin qu’ils puissent percevoir davantage que le groupe progresse vers le même but collectif. Sur cette dernière page, il
serait intéressant d’ajouter un organigramme ou une carte conceptuelle qui se complèterait au fur et à mesure. La création d’un outil visuel peut
représenter un moyen efficace de percevoir la progression du travail collaboratif et peut favoriser le sentiment de responsabilité individuelle et collective vers l’atteinte du but collectif.
En ce qui a trait à l’animation du wiki, suite à l’expérimentation de ce projet, je crois
qu’il est important que les rétroactions se fassent directement dans l’espace du wiki afin qu’elles soient accessibles pour tous. Il est important
que les contributions des collaborateurs soient reconnues, cela a été respecté dans le présent projet, mais je crois qu’il est également important que les autres membres du groupe puissent lire
ces rétroactions qui peuvent constituer une forme de support à leur processus d’apprentissage. Une autre façon d’offrir du support, cette fois
sur la façon de collaborer, peut se faire dans une page distincte de questions fréquentes (FAQ). Je vois dans cette page un potentiel à
exploiter pour répondre aussi à des questions d’ordres technique et méthodologique. Enfin, dans l’espace de socialisation mentionné plus haut, le facilitateur peut intervenir pour encourager les troupes. Un bref message d’encouragement par semaine, mettant l’emphase sur les contributions
de la semaine, peut constituer une excellente relance. Le courrier électronique peut être un outil de communication intéressant mais je crois qu'il faut tenter d'offrir
l'espace adapté et nécessaire afin que la plupart des interactions soient centratlisées sur le wiki. Cela ne peut que renforcer la cohésion et le sentiment d'apprentissage
du groupe.
Enfin, je me questionne sur la raison pour laquelle plusieurs des collaborateurs des deux premiers groupes (époque du wiki privé) m’ont fait parvenir un courrier
électronique pour m’informer qu’ils avaient contribué (de façon anonyme) au wiki (devenu public), en m’indiquant les pages où ils avaient publié leur texte. Au départ, je croyais qu’en configurant un wiki privé, où seuls les membres invités pourrait contribuer, mettrait
les collaborateurs en confiance. Je souhaitais également, en procédant d'abord par deux premières phases en mode privé, m’assurer d’une qualité
élevée de contenu pour l’élaboration du programme de formation. J’avoue que je n’avais pas confiance en l’accès ouvert du wiki. J’ai pu me rendre compte, constatant que les collaborateurs ont choisi de contribuer de façon anonyme et qu’il ne s'est produit aucun incident
sur le wiki, qu’il est rare qu’un wiki soit l’objet de destruction par le public car tout le monde surveille et contrôle le contenu.
Conclusion
Bien que le mot wiki signifie rapide en hawaiien, j’ai dû me rendre à l’évidence que la
collaboration prend du temps. Le fait que la participation soit facultative et que le caractère réflexif de l’apprentissage y soient fondamentaux,
rendent le wiki évolutif, inachevé et sa progression se manifeste parfois très lentement.
Dans le cadre de ce projet, où je m’adressais à une communauté de pratique, le facteur
temps ne représentait pas une difficulté en soi. Par contre, pour un projet d’expérimentation dans le cadre de ce cours, j’ai vécu certaines craintes
que la collaboration ne démarre pas dans les délais du cours. Les relances aux collaborateurs par courrier électronique, afin de les motiver, ont été
laborieuses en ce sens puisque mon but était d’encourager la collaboration sans la forcer.
Avec un certain recul et malgré les difficultés rencontrées en cours de route, je demeure
convaincue que le wiki peut représenter un support technologique efficace pour des activités collaboratives. La planification et l’animation d’une
activité collaborative en sont cependant les éléments clés. Il ne faut pas déduire qu’un groupe s’animera seul devant une tâche complexe car malgré
le type de clientèle auquel on s’adresse, il est essentiel d’accompagner le processus de collaboration.
Mon appréciation globale du projet est mitigée. D'une part, je suis satisfaite que
la collaboration ait débuté et que le contenu soit de qualité élevée. D'autre part, je crois que si la collaboration avait débuté quelques semaines plus tôt, j'aurais peut-être été en
mesure d'être témoin d'échanges, de négociation et de support par les pairs. Par chance, je travaille encore au projet et je tenterai d'y appliquer progressivement les suggestions
énumérées plus haut. Le projet se poursuit et passera à la quatrième phase de collaboration. Dans quelques semaines, nous nous adresserons à
une communauté de pratique élargie et internationale.
La collaboration prend du temps et je conclue avec cette citation qui illustre les
émotions que j’ai vécues durant cette expérimentation :
Le Temps nous égare, le Temps nous étreint, le
Temps nous est gare, le Temps nous est train. (Jacques Prévert)
En dernier lieu, je souhaite vous faire part de mes impressions concernant la présentation de ce tavail noté sur un blogue. Je suis ravie de cette
possibilité. Lors de travaux précédents, où je faisais l'analyse de cours offerts par une autre université, je soulignais positivement le fait que les
étudiants partageaient leurs travaux avec des collègues afin de recevoir de la rétroaction de leur part. Ceci alimentait les discussions, favorisait les échanges, la
négociation, la validation et le réajustement des connaissances. Aussi, j'y voyais un espace pour le support cognitif, affectif et motivationnel entre pairs. En
formation à distance, on se retrouve souvent isolé, surtout dans un contexte d'inscription continue aux cours, comme cela se produit à la Téluq. Donc, je pousserais l'initiative plus loin
en suggérant aux étudiants de partager leurs travaux avec un pair avant de les soumettre, afin de favoriser davantage l'aspect métacognitif de ce type d'activité. Cela aurait aussi un
impact sur le sentiment d'appartenance à un groupe, ce que je n'ai pas eu l'impression de vivre en formation à distance, à part une activité d'audioconférence lors du cours EDU 6003.
Je suis très confortable à l'idée de rendre ce travail d'analyse accessible et si ce dernier peut inspirer ou favoriser une réflexion pour d'autres apprenants, ce sera le juste
retour des choses puisque je consulte les écrits des autres afin de m'aider à construire des cadres de référence. Si des visiteurs m'écrivent des commentaires, me font des
suggestions, partagent des informations ou me posent des questions, cela me permettra peut-être de pousser ma réflexion un peu plus loin.
Bibliographie
Sous la direction de Deaudelin, C., Nault, T., (2005) Collaborer
pour apprendre et faire apprendre, La place des outils technologiques. Presses de l’Université du Québec , Sainte-Foy, 2005.
Farmer, A., (2008), Le wiki, un outil pour construire en
collaboration, publié dans Profweb, le 30 septembre 2008. (En ligne)
http://www.profweb.qc.ca/fileadmin/user_upload/Dossiers/Dossier4_Tout_apprendre_wiki/dossier_wiki.pdf
Fountain, R., Wiki Pedagogy, publié dans Profetic, dossiers technopédagogiques. (En ligne)
http://www.profetic.org/dossiers/spip.php?rubrique110
Henri, F., Lundgren-Cayrol, K. (2003) Apprentissage collaboratif à
distance, Pour comprendre et concevoir les environnements d’apprentissage virtuels. Presses de l’Université du Québec, Sainte-Foy,
2003.
Lomas, C.,Burke, M., L.Page, C. (2008), Collaborative tools, EduCause Learning Initiative, le 21 août 2008. (En ligne) http://net.educause.edu/ir/library/pdf/ELI3020.pdf